BandeauVague

Les pages biblio

Sociolinguistique 2 : langue bretonne

La thèse de Ronan Calvez sur les débuts de la radio en langue bretonne

CALVEZ (Ronan). – La radio en langue bretonne. Roparz Hemon et Pierre-Jakez Hélias : deux rêves de la Bretagne. – Rennes, Brest : Presses Universitaires de Rennes; Centre de Recherche Bretonne et Celtique, 2000. – 330 p. – (Coll. Histoire).

Couverture du livre de Ronan CALVEZ sur la radio en langue bretonneDisons-le d'emblée, pour éviter toute méprise sur le sujet : il est bien question ici des débuts de la radio en Bretagne, et plus particulièrement des vingt premières années de la radio en langue bretonne. Ronan Calvez avait d'abord songé à n'étudier que les émissions animées par Jakez Krohen (alias Pierre-Jakez Hélias) et Gwillou Vihan (alias Pierre Trépos) de 1946 à 1958, dont la notoriété fut considérable, et dont le souvenir reste encore vivace chez les vieux bretonnants. Il s'est très vite rendu compte qu'il ne pouvait occulter celles qui avaient précédé, et qui furent dirigées de 1940 à 1944 – c'est-à-dire pendant la période de l'Occupation – par Roparz Hemon. C'est en quelque sorte la logique de l'histoire.

Le contexte radiophonique n'est pas spécialement présenté : on manque de repères sur le développement de la radio en Bretagne (si ce n'est indirectement sur un point capital, concernant les implantations d'émetteurs), ainsi que sur la progression du nombre de postes chez les particuliers. Mais le sujet des émissions en langue bretonne est suffisamment dense en lui-même.

De ce point de vue, la thèse de R. Calvez est tout à fait étonnante, parce que ce qui aurait dû constituer la matière première de sa recherche (rouleaux de cire, disques Pyral…) n'existe plus - si ce n'est qu'on vient peut-être d'en retrouver pour la période d'après-guerre. L'auteur se demande à juste titre dès son introduction ce qu'ont été "les voix bretonnes de ces 18 années", entre 1940 et 1958. Mais très astucieusement, il a su suppléer au manque de sources audio, travaillant en quelque sorte sur un "non-objet". A partir de diverses sources écrites (mais sans faire appel aux témoignages qu'il aurait encore été possible de recueillir), il réussit très bien à proposer ce que l'on peut considérer comme une archéologie de la radio bretonne.

L'ouvrage se révèle passionnant. Il faut le situer dans la lignée des travaux et des contributions qui ont entrepris, dans la seconde moitié du XXe siècle, de "penser les médias" (pour reprendre l'expression d'A. et M. Mattelard en 1986). Ronan Calvez refuse de se limiter strictement à l'objet de sa recherche et, réfléchissant à la relation entre médias et sociétés, apporte une contribution déterminante sur le contexte sociolinguistique et idéologique spécifique à la Bretagne de la période de l'entre deux guerres à l'avènement de la Ve République.

Sa thèse apparaît du même coup comme étant courageuse. Car il n'est jamais évident de contester les idées dominantes : on l'a vu dans la Confédération Helvétique, où la publication du rapport Bergier sur la politique de la Suisse à l'égard des réfugiés et des Juifs pendant la seconde guerre mondiale a provoqué un véritable choc. Comme le rapportait Le Monde du 15 décembre 1999, "le réveil est d'autant plus brutal que le débat avait été longtemps différé". Si bien que les recherches menées pendant trois ans par une commission d'experts et d'historiens ont suscité des réactions divergentes : pour les uns, les faits (le refoulement de milliers de Juifs à la frontière) apparaissent comme "une révélation décisive" et provoquent "un choc au ventre"; les autres tentent de minimiser. La Bretagne ne connaîtrait-elle pas un syndrome suisse ?

A propos de l'Emsav - le mouvement breton - des historiens comme Alain Déniel avaient déjà montré comment, dès avant la guerre, le PNB (le Parti National Breton, qui publie le journal "Breiz Atao") devient une organisation fascisante et comment pendant la guerre il est confronté à "l'impossible neutralité". Le mouvement culturel n'aurait-il pas suivi la même évolution que le mouvement politique ? Il en manquait une analyse : Ronan Calvez démontre que c'est dès le début de l'Occupation que le mouvement culturel breton s'oriente lui aussi vers la collaboration et qu'il y a eu en quelque sorte une conjonction entre les attentes de ce mouvement et l'opportunité de l'Occupation.

Aux yeux de R. Calvez en effet, c'est dès les débuts de la revue littéraire "Gwalarn" (créée précisément par R. Hemon en 1925, et généralement présentée depuis comme la matrice ayant conduit à la naissance de la littérature bretonne moderne) que s'exprime une idéologie qu'il n'hésite pas à considérer comme totalitaire. C'est le point qui surprendra le plus les lecteurs de ce livre : comment quelqu'un que l'on présente volontiers comme un écrivain majeur et un grand linguiste peut-il être à l'origine d'une telle conception du combat pour la langue bretonne et pour la Bretagne ? R. Calvez s'appuie sur les éditoriaux de Roparz Hemon lui-même et sur l'analyse de ses romans. Il y découvre élitisme affiché, mépris du peuple bretonnant tel qu'il est, refus de la diglossie à l'œuvre en Basse-Bretagne, rejet absolu du français, volonté de rebretonniser toute la Bretagne et d'imposer à ses habitants une néo-langue encore au stade de l'élaboration… L'écrivain et critique bretonnant Youenn Olier ne se méprend d'ailleurs pas sur l'entreprise initiée par R. Hemon : lorsque ce dernier parle de peuple, écrit-il, "ce peuple ne peut-être que l'emsav, le futur peuple en gestation". ("Ne c'hell ar bobl-se bezañ nemed an emsav, danvez ar bobl da zont". Istor hol lennegezh. Gwalarn, p. 20).

Fin 1940, l'heure bretonne ayant sonné, Hemon entrevoit enfin la possibilité de passer de l'autre côté du miroir et incite ses amis à "se mettre en route". Dès lors, il n'est pas surprenant qu'en devenant également en 1941 le premier directeur de l'Institut Celtique qui venait d'être fondé, le leader du mouvement culturel de l'époque se déclare "partisan d'une collaboration loyale avec les peuples qui façonnent sous nos yeux l'Europe nouvelle". Il n'y a pas d'ambiguïté.

La démonstration de Ronan Calvez prend évidemment à contre-pied certaines thèses énoncées depuis quelque temps pour dédouaner l'action de R. Hemon sous l'Occupation. Encore que les acteurs de l'époque ne se soient jamais fait d'illusions : comme le précise un ancien résistant, Désiré Camus, dans "Le Nouvel Observateur" du 7 décembre 2000, "après la guerre, il y a eu un rejet total de ce qui était bretonnant". R. Calvez produit les documents, et ils seront difficilement contestables : sur la genèse des émissions en langue bretonne de Rennes-Bretagne (radio dont il faut savoir qu'elle n'assurait que des décrochages de la fameuse Radio-Paris), sur le fonctionnement de la station et son contrôle par l'occupant allemand, sur la rémunération de son personnel par la Propagandastaffel, etc…

Même si le contexte apparaît ensuite comme moins "sensationnel", il ne faut pas oublier pour autant que R. Calvez ne s'intéresse pas qu'aux émissions de la guerre. Il est tout aussi prolixe sur les conditions du démarrage de celles de P.J. Hélias à Radio-Quimerc'h. L'auteur explique bien que la décision de mettre en place des émissions en breton à la Libération a été prise par les hautes sphères de l'Etat, certes pour satisfaire les populations bretonnantes, mais aussi "pour couper l'herbe sous le pied des autonomistes". Et c'est la raison pour laquelle elles ne seront diffusées qu'en Basse-Bretagne, alors que pendant la guerre on ne pouvait capter "Roazon-Breiz" en zone bretonnante.

Ronan Calvez s'étend bien entendu sur le contenu des programmes, tant ceux de la guerre que ceux de l'après-guerre. Et c'est précisément ce qui justifie le sous-titre de son livre : insatisfaits du temps présent, Hemon comme Hélias ont "rêvé" la Bretagne, chacun à sa manière. L'un représentait "la voix de la Pangée" (c'est-à-dire la Bretagne telle que se l'imaginaient les nationalistes bretons), l'autre est "la voix de Poulfaouig" (celle d'un bourg breton qui n'existe pas). Alors que le fondateur de "Gwalarn" s'était lancé dans une entreprise de regénération de la Bretagne et des Bretons, le futur auteur du "Cheval d'orgueil" finit lui par apparaître comme "le dernier des Bretons". Il est bien vrai que les enjeux et les motivations ne sont absolument pas les mêmes au cours des deux périodes.

Il est peu de thèses dont on ait autant parlé entre le moment de leur soutenance et leur date de parution. Probablement parce que, pour la majeure partie du mouvement breton d'aujourd'hui, qu'il soit de droite ou de gauche d'ailleurs, c'est Hemon bien plus qu'Hélias qui apparaît comme un référent. Sa thèse dérangera donc pour ce qu'elle expose de l'un et de l'autre. Mais il faut affirmer le primat et la nécessité de l'investigation, qu'elle soit celle du chercheur (en l'occurrence celle de l'historien, du celtisant…) ou celle du journaliste. L'un travaille davantage sur le présent, l'autre davantage sur le passé. Le travail de l'un comme de l'autre est forcément confronté à ce que Michel Wieviorka présente comme "les attentes de la mémoire" (Le Monde des Débats, décembre 1999).

La thèse de Ronan Calvez peut-elle conduire à des remises en cause ? Elle a le mérite d'inciter à la réflexion sur deux questions de fond aussi permanentes qu'essentielles:

- Alors que le contexte sociolinguistique a changé du tout au tout en Basse-Bretagne au cours de la seconde moitié du XXe siècle - la pratique du breton a tout de même diminué de 80% - il faut bien se demander : qui parle breton et quand ? et pourquoi parler breton aujourd'hui ?
- Alors que les professionnels des médias travaillent le plus souvent dans l'urgence, ils doivent toujours s'interroger : avec qui faire des émissions en breton ? quelles émissions et pour qui ?

C'est stimulant.

 

Goulien : deux siècles d'évolution d'une commune bretonne du Cap Sizun

PELRAS (Christian). - Goulien, commune bretonne du Cap Sizun. Entre XIXe siècle et IIIe millénaire. - Presses Universitaires de Rennes, 2001. - 486 p. - (Mémoire commune).

Il s'agit, non de sociolinguistique, mais d'ethnologie. Mais il y est significativement question de l'usage et de la perception du breton. L'enquête a été menée en deux temps.

Christian Pelras avait séjourné une première fois à Goulien au début des années 1960, pour y étudier, parallèlement aux enquêtes pluridisciplinaires effectuées à la même époque à Plozévet, "l'adaptation d'une communauté agricole et rurale française aux conditions de la vie moderne". Il y retourne une quarantaine d'années plus tard en l'an 2000, ayant mené diverses autres recherches entre-temps en Indonésie et en Malaisie.

Ayant interrogé à chaque fois les plus anciens et les plus jeunes des habitants de Goulien, C. Pelras se trouve en mesure - ce qui n'est pas très courant - de présenter l'évolution d'une commune bretonne sur deux siècles. La première "étude d'ethnologie globale" publiée par l'auteur en 1966 est en effet suivie du récit qu'il a rédigé en 2001 à la suite de son deuxième séjour. Lors de la première enquête il étudie le pays et les hommes, les conditions concrètes de la vie quotidienne, les traditions et les croyances. Dans la seconde, il analyse l'évolution de l'agriculture et des conditions de vie et comment les gens de Goulien passent désormais de l'espace proche au monde global. La simple formulation des intitulés est le signe patent des changements considérables que l'ethnologue a su prendre en compte.

Le traitement de la langue bretonne dans l'une et l'autre partie de l'ouvrage est symptomatique. Dans la première enquête elle est présente au travers de termes de vocabulaire significatifs ou de formulettes et dictons abondamment retranscrits par le chercheur. Mais elle y est aussi abordée sous un angle méthodologique. C. Pelras observe en effet en 1962 que la langue, alors, pose problème : même si les gens de Goulien à ce moment-là sont bilingues, leur langue quotidienne est le breton. L'enquêteur s'est donc lui-même mis à l'étude du breton et il en déduit, logiquement, que

"devant un travail de ce genre, et même en France, dans une population bilingue, une étude préalable poussée de la la langue locale s'avère indispensable".

Quarante ans plus tard, une telle étude ne paraît plus aussi indispensable et la langue bretonne devient elle-même objet d'étude, tout comme la pratique religieuse et les comportements au sein de la famille :

"tandis qu'autrefois l'identité bretonne des gens de Goulien allait de soi sans avoir besoin d'affirmation explicite, chez les jeunes d'aujourd'hui cette affirmation est claire et nette",

et ce, bien qu'ils ne parlent pas breton. C. Pelras écrit :

"aujourd'hui, ce qui me frappe, c'est le fait qu'on n'entende pratiquement plus parler breton dans les lieux publics",

alors que "paradoxalement" la langue s'affiche sur les panneaux. Il observe en outre comme étant "un fait très frappant" la disparition annoncée du breton à Goulien, et que les habitants de la commune considèrent comme inéluctable.

Même si elles posent question, ces notations ont au moins la limpidité d'observations de terrain.

 

Le breton à Ploumoguer

VETTER (Eva). – Plus de breton ? Conflit linguistique en Bretagne rurale. – Le Relecq-Kerhuon, An Here, 1999. – 254 p.

Ce livre est la traduction (en français) de la thèse publiée en allemand par l'auteur en 1997 :

VETTER (E.). - Nicht mehr Bretonisch ? Sprachkonfilkt in der ländlichen Bretagne. - Frankfurt am Main : Lang, 1997. - 195 p., ill.

Eva Vetter a effectué ses recherches pendant une dizaine d'années, dans la commune rurale de Ploumoguer dans le Léon. Elle enseigne actuellement à l'Institut de Langues Romanes de Vienne (Autriche).

Dans ce livre, E. Vetter reprend pleinement à son compte la notion de "conflit linguistique", se démarquant délibérément des analyses défendues par des chercheurs Couverture de la version française du livre d'Eva Vetterbretons comme Le Dû et le Berre (avant 1990) et situant donc expressément la langue minorisée – ici le breton – dans son "conflit" avec le français. Elle essaie de comprendre pourquoi on parle ou ne parle plus le breton, en analysant les schèmes d'interprétation qui régissent les activités linguistiques dans la vie quotidienne.

Son point de départ théorique – et c'est la nouveauté de sa recherche – est le concept de "réseau social", ancré dans l'interactionnisme symbolique. Le chapitre 3 et toute une partie du chapitre 4 sont consacrés à la présentation, ainsi qu'à la discussion théorique et méthodologique de ce concept. Ainsi que l'écrit R. Rindler-Schjerve dans la préface, l'objectif est

"de montrer dans quelle mesure le déplacement linguistique se concrétise dans un jeu dynamique de mécanismes sociaux et sociopsychologiques".

Concrètement, l'auteur a réalisé en 1992 à Ploumoguer une double enquête, quantitative (à partir d'un questionnaire de 30 questions) et qualitative. Sur la base d'environ 200 réponses, elle aboutit à un taux de connaissance active du breton très (trop ?) élevé de 68% (parmi les plus de 19 ans), alors que le sondage F. Broudic / TMO-Ouest de 1990 ne donne que 26,5% de locuteurs actifs sur l'ensemble de la Basse-Bretagne pour les communes de même taille que Ploumoguer. L'auteur aurait aimé trouver une explication satisfaisante à une si forte différence dans les résultats. Elle pourrait tout simplement résulter du fait que toutes les communes de 1001 à 2000 habitants sondées par TMO ne sont pas des communes rurales du même type que Ploumoguer et qu'elles peuvent se situer en zone fortement touristique ou à la périphérie de villes – ce qui induit un niveau de pratique différent du breton. Mais un tel écart entre le pourcentage de locuteurs à Ploumoguer et dans les autres communes de taille comparable s'explique sans doute surtout par le fait que:

- dans le cadre du sondage F. Broudic / TMO, c'est l'enquêteur qui a contacté directement les personnes interrogées, sans savoir au préalable qui parlait le breton et qui ne le parlait pas.
- à Ploumoguer, E. Vetter a collecté des questionnaires qui ont été remplis sur la base du volontariat : il est dès lors probable que les bretonnants se soient sentis beaucoup plus concernés par l'enquête que les non-bretonnants.

Cependant, les résultats de l'enquête quantitative menée par la chercheuse autrichienne corroborent globalement toutes les enquêtes effectuées avant ou après : la connaissance de la langue progresse avec l'âge, et c'est là, selon l'auteur, "un signe de l'existence du processus de substitution". Le breton n'est "quasiment plus transmis aux enfants". Près de la moitié des sondés n'utilise pas le breton. Les personnes mariées, ceux qui n'ont pas suivi de scolarité à l'extérieur de Ploumoguer, et les personnes dont les parents parlaient eux-mêmes breton chez eux, sont ceux qui "comprennent et parlent le mieux la langue". Et, pour en revenir à la problématique initiale de la recherche, "plus les personnes sont intégrées dans les réseaux, plus elles parlent et comprennent bien le breton", les réseaux considérés étant la famille, le voisinage, le lieu de travail et la commune. Autrement dit, l'utilisation de la langue croît avec l'intégration dans le réseau (tel qu'il était perçu au moment de l'enquête).

Bien qu'ayant privilégié les réseaux de proximité (ou traditionnels), E. Vetter ne méconnaît pas qu'ils "pourraient perdre à l'avenir leur fonction conservatrice par rapport à la langue". Elle observe bien que "la séparation de plus en plus grande entre lieu de travail et domicile, le perte de signification du centre-bourg et la valorisation d'autres lieux dotés de superstructures administratives et commerciales importantes accroissent la nécessité de communication plus larges". Elle suppose dès lors que l'évolution des réseaux ira bien, en matière de langue, vers la substitution, et non vers la "normalisation" (dans le sens catalan du terme).

La seule inconnue lui paraît être le rôle que joueront à l'avenir ceux qui étaient enfants au moment de l'enquête. Mais son hypothèse d'une future revalorisation de la langue n'est fondée que sur un espoir, dont les données ne sont guère étayées. Si, par ailleurs, les réseaux doivent évoluer à l'avenir comme elle le pressent, elle n'explicite pas non plus quelle pourrait être l'incidence – sur le fonctionnement de ces réseaux précisément – du "changement immédiat et radical dans la politique linguistique de la France" qu'elle revendique pourtant fortement.

Il est utile que le travail d'Eva Vetter ait été traduit en français et ainsi mis à la disposition de tous ceux, bretonnants ou non, qui s'intéressent ici à la question linguistique. Il est cependant regrettable qu'il n'ait pas bénéficié d'une mise à jour : depuis le début des années 1990, bien des articles, des colloques, des mémoires et des thèses ont beaucoup fait progresser la recherche en sociolinguistique sur la langue bretonne, dont on aurait apprécié qu'il ait été tenu compte dans la nouvelle édition. Il aurait été ainsi intéressant qu'Eva Vetter ait confronté sa problématique aux nouveaux développements théoriques présentés depuis 1994 par J. Le Dû et Y. Le Berre concernant par exemple les registres paritaire et disparitaire de la parole. Un autre petit exemple : il est désormais établi que ce ne sont pas 110 ecclésiastiques qui, dans le seul Finistère, ont été suspendus de traitement par Emile Combes en 1902 pour "usage abusif du breton", mais un total de 127, dans les trois évêchés de Basse-Bretagne. L'auteur n'a pas non plus toujours contrôlé ses sources : après d'autres, elle attribue ainsi "au groupe Kendalc'h" l'enquête effectuée en 1928 (et non pas d'ailleurs en 1929) par R. Hemon, alors que Kendalc'h n'a été fondée qu'en 1950.

On notera enfin que le texte français est souvent agaçant : fautes de frappe, fautes d'accord, fautes d'orthographe sont multiples. Sans compter sans doute quelques erreurs de rédaction ou… de traduction : en 1902, la rémunération du clergé ne dépendait évidemment pas du "budget de la culture" (comme il est écrit page 123), mais du budget… des Cultes.

 

Le colloque de 1999 à la Sorbonne

CLAIRIS (Christos), COSTAOUEC (Denis), COYOS (Jean-Baptiste). - Langues et cultures régionales de France. Etat des lieux, enseignement, politiques. Actes du colloque, 11-12 juin 1999, Université Paris V – René Descartes. – Paris : L'Harmattan, 1999. – 272 p.

Ce sont les actes du fameux colloque tenu à la Sorbonne en juin 1999, dont on se souvient qu'il suscita une belle polémique en Bretagne. Procéder à un état des lieux, en matière de Couverture des Actes du colloque de la Sorbonne sur les langues de Francelangues régionales, était effectivement nécessaire, et ce colloque a permis de le faire.

Des linguistes, des enseignants, des responsables politiques et des journalistes avaient été invités. Si, d'après les organisateurs, "les considérations politiques et sociales ne sont jamais absentes des interventions", cet aspect "ne doit pas masquer la réalité sociolinguistique qui nous intéresse au premier chef : les langues dites régionales de France sont, à des degrés divers, menacées de disparition". Ils ajoutent que les initiatives qui se prennent en faveur de ces langues "méritent d'être rendues publiques, de recevoir l'appui des autorités, d'être généralisées, mais tout autant d'être appréciées d'un point de vue critique". C'est à cet exercice qu'étaient conviés les intervenants : on lira avec d'autant plus d'intérêt le texte de leur contribution que les points de vue sont parfois divergents.

Trois interventions ont concerné le breton :

- Yves LE BERRE et Jean LE DU : Le qui pro quo des langues régionales : sauver la langue ou éduquer l'enfant ?, p. 71-83.
- Fañch BROUDIC : Entre histoire et prospective, p. 125-132.
- Jean-Dominique ROBIN : Brezhoneg, ur yezh evit an dazont. Le breton, un outil pour construire l'avenir, p. 215-227.

Le texte de Le Berre-Le Dû se présente comme une analyse des discours tenus sur la langue bretonne, en particulier par les élus et par les politiques, alors que sa transmission dans le cadre familial a été abandonnée depuis déjà longtemps. Les deux universitaires brestois posent la question de savoir quel breton cherche-t-on dès lors à enseigner et s'interrogent sur "le rôle social de cette langue apprise à l'école". Dans leur conclusion, ils observent que "tout le monde fait comme si l'objectif véritable était de remettre en usage une langue en voie d'extinction alors que presque personne ne le croit possible". Ils se prononcent pour un enseignement généralisé du breton "non pas, disent-ils, pour sauver une langue qui ne demande rien à personne, mais pour le trésor d'humanité que chaque génération transmet à celle qui lui succède, c'est-à-dire pour les enfants eux-mêmes".

Jean-Do Robin a pris le contre-pied de cette analyse, refusant qu'on assimile "l'action en faveur d'une réappropriation sociale des langues minorisées à un paravent qui masquerait des comportements de repli identitaire ou un combat de libération nationale". Il considère que le breton peut être "aujourd'hui un outil du développement économique et d'une citoyenneté élargie". En conclusion, il affirme qu'opposer "l'enseignement des langues régionales à l'enseignement en langues régionales est un non-sens pédagogique : pour bien apprendre une langue, il faut apprendre dans cette langue".

Intervenant dans le cadre d'une table-ronde sur la Charte européenne, F. Broudic a rappelé un certain nombre de points d'histoire concernant la politique linguistique menée en France à l'égard des langues régionales. Avant d'examiner quelle pourrait être l'incidence de la Charte sur les pratiques linguistiques, il décrit les différents aspects qui s'entrecroisent dans le débat qui oppose ceux qui sont favorables à la ratification et ceux qui y sont opposés : juridique et constitutionnel; symbolique; politique; sociolinguistique enfin.

Sur cette question de la ratification de la Charte, on lira avec intérêt le texte de Jean Espilondo, député des Pyrénées-Atlantiques, le seul élu à être intervenu dans le cadre du colloque de la Sorbonne, dans la mesure où il ne veut pas "courir à l'échec" au Parlement et se présente comme étant à la recherche "d'une position d'équilibre" dans le cadre du modèle républicain à la française.

Plusieurs autres communications sont à signaler :

- sur la situation du créole, du tahitien, des langues de Guyane et de Nouvelle-Calédonie : sont-elles "des langues régionales pas comme les autres ?".
- Arlette Bothorel-Witz et Dominique Huck sur la place de l'allemand en Alsace
- Bernard Oyharçabal sur "la diversité des approches" en pays basque (nord et sud).

Le volume est utile et intéressant, précisément parce qu'il n'ignore aucune langue régionale, ni de métropole ni d'outre-mer. Il se termine par la proposition de créer un "Centre des langues régionales de France" (qui a été transmise au Premier Ministre), et par la reproduction du texte de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.

 

Ce que les Bretons pensent vraiment du breton

QUERE (Anna). – Les Bretons et la langue bretonne. Ce qu'ils en disent. – Brest : Brud Nevez, 2000. – 104 p. – (Leoriou bihan, 6).

Couverture du livre d'Anna QuéréTout le monde a quelque chose à dire concernant cette langue qui se parle dans la partie occidentale de la Bretagne : ceux qui connaissent le breton comme ceux qui ne le savent pas, ceux qui sont favorables à son développement tout comme ceux qui sont indifférents ou hostiles.

Encore faut-il prêter attention à ce que disent les uns et les autres sur ce sujet. C'est tout l'intérêt du travail d'Anna Quéré. Elle est allée à la rencontre des bretonnants et de ceux qui ne le sont pas. Elle a pris le temps de s'entretenir avec les uns et avec les autres. Elle a voulu comprendre comment ceux dont le breton est la langue première ont appris le français, et comment réagissent ceux qui, eux, ont voulu apprendre le breton comme langue seconde. Elle leur a posé des questions sur l'attitude de leurs parents et sur le comportement des femmes. Elle a voulu savoir ce que parler breton représente pour nous tous aujourd'hui.

Le résultat de cette enquête est aussi surprenant que passionnant, pour deux raisons.

La première, c'est qu'Anna Quéré a su inscrire son analyse dans la perspective des recherches actuelles en sociolinguistique et en épilinguistique. Elle a tiré parti des observations qu'elle a faites pendant un an sur la situation du créole en Martinique pour nous aider à mieux comprendre la situation du breton. Elle fait appel, bien sûr, aux références et aux données indispensables en sociolinguistique, y compris sur un plan théorique. Mais son travail reste très concret pour autant. L'on avait jusqu'à présent beaucoup sollicité les archives et réalisé toutes sortes d'autres enquêtes et sondages. En donnant directement la parole aux locuteurs comme aux non-locuteurs, A. Quéré témoigne d'une nouvelle démarche indispensable, fournit un prolongement aux recherches en cours depuis une quinzaine d'années sur la pratique du breton et apporte une contribution essentielle sur la question de la langue bretonne.

Ce qui fait aussi l'intérêt de cette étude, c'est qu'elle relativise une certaine parole "officielle" ou certains discours dominants concernant cette langue dont le sort nous occupe si fort. Et sur ce point, les militants comme ceux qui ne le sont pas sont tous interpellés, que ce soit à propos de médias, de signalétique ou de scolarisation. A. Quéré nous montre bien comment ses interlocuteurs se situent "entre scepticisme et enthousiasme", ainsi que la distance qu'il y a entre ceux qui considèrent que la survie du breton ne dépend pas d'eux, et ceux qui s'inscrivent dans ce qu'elle définit comme une stratégie de sauvegarde.

Et puisque le breton est progressivement l'objet d'une certaine forme de reconnaissance, tout au moins au niveau symbolique, elle expose aussi, pour la première fois me semble-t-il, comment est perçu le changement de statut d'une langue qui n'était jusqu'à présent que celle de la proximité, autrement dit un badume, et qui devient désormais légitime. La question du devenir de la langue ne peut se débattre sans que l'on tienne compte de tels propos.

Anna Quéré fait partie d'une nouvelle génération de chercheurs. Originaire de Saint-Rivoal, elle a fréquenté l'école bilingue qu'on venait d'y ouvrir dans le cadre de l'enseignement public. Elle a effectué ses études supérieures à Brest et à Fort-de-France. Son mémoire de maîtrise concernait le breton et son DEA compare la situation du créole aujourd'hui à celle du breton au milieu du XXe siècle. J'ajouterai qu'elle est une collaboratrice compétente des émissions en langue bretonne de France 3. Je suis sûr que ce livre retiendra l'attention.

 

Les étrangers et la Bretagne

Le Flécher (Ronan) et Le Gorrec (Didier). - La Bretagne, tout le monde en parle. Témoignages et confidences d'étrangers / Dessins de Malo Louarn. Préface de Kofi Yamgnane. - Bannalec : Des dessins et des mots, 2006. - 191 p., ill.

L'angle est original : les auteurs ont voulu rapporter dans ce livre la vision de la Bretagne et des Bretons que se font les touristes et résidents d'origine étrangère, dont ils ont pour cela recueilli le témoignage. Un Le livre de Ronan Flecher et D. Le Gorreccertain nombre d'Américains ou d'Africains, des Anglais et des Italiens, installés depuis plus ou moins longtemps dans la région, ont donc été sollicités pour exposer la manière dont ils ont été accueillis dans la région, et la représentation qu'ils s'en font. Divers thèmes sont abordés : la fête, l'alcool, la religion, et même le sexe.

En manière de contrechamp, R. Le Flécher et D. Le Gorrec ont également interviewé une douzaine de Bretons célèbres sur la manière dont la Bretagne est perçue à l'étranger. Les points de vue sont contrastés : il y a ceux qui considèrent qu'elle a une très forte identité, et ceux qui lui trouvent un vrai déficit d'image.

Ce n'est assurément pas de la sociologie, et l'ensemble reste donc assez superficiel. Le ton se veut léger, branché et pour tout dire, aguicheur. Le propos de même, s'appuyant beaucoup sur "des confidences et des anecdotes", même s'il est parfois agrémenté de quelques statistiques. L'ouvrage veut promouvoir un nouveau concept qui serait la "Breizh Attitude" dont la définition est pour le moins sibylline, puisqu'il ne s'agit que de "cette façon d'être et de vivre, cet univers de valeurs et de cultures qui nous est propre". Tout en prétendant s'opposer aux clichés, les auteurs ne font parfois que les renforcer, quand ils ne véhiculent pas leurs propres stéréotypes.

Il est assez peu question de langue bretonne dans ce livre. Certains Bretons interviewés y font une allusion. Olivier de Kersauzon est "agacé par le côté Breton bretonnant". Hubert Coudurier déclare que "la Bretagne ne doit pas vivre avec […] sa langue cliniquement morte et la nostalgie de son histoire". Gilles Servat reconnaît que "la langue, contrairement à la musique, est une barrière à laquelle se heurte un chanteur".

Deux ou trois autres pages sont consacrées à la langue, mais on ne voit pas très bien le point de vue des auteurs. Apparemment, les panneaux routiers bilingues frappent nos visiteurs. Mais cette signalisation bilingue apparaîtrait comme "une promesse trompeuse" : les étrangers résidant en Bretagne sont surpris que le breton se parle si peu. Une étudiante polonaise trouve curieux que "l'homme de la rue ne parle pas la langue régionale". Une Galicienne se dit "choquée que personne ne parle breton". Pour les uns, "c'est fou qu'on ne puisse pas parler le breton en Bretagne". Pour d'autres, "ce n'est plus vraiment une langue vivante" ou elle est déjà "une langue morte". Vraiment ? Plusieurs étrangers ont cependant appris la langue régionale. Une artiste d'origine québécoise affirme "qu'après [leurs] ébats, plusieurs amants [lui] ont déjà parlé breton". Tout ne serait donc pas perdu ?

 

Qelques autres ouvrages

ABALAIN (Hervé). - Histoire des langues celtiques. - S.l. : Ed. J.P. Gisserot, 1998. - 128 p., c. - (Terre des Celtes).

La langue bretonne est traitée p. 103-126. Ce petit livre ne fournit le plus souvent que des données déjà parues ailleurs. Il apparaît aussi comme une simple reprise de publications antérieures du même auteur. Il comporte les mêmes erreurs. Signalons-en quelques-unes :

- selon l'auteur, c'est à partir de 1951 que "la télévision [consacre] une minute par quinzaine" à la langue bretonne. Il s'agit en réalité d'une chronique hebdomadaire, à partir de 1964.
- "Ar Brezoneg er skol" est mal écrit : "Ar Brezonec…"
- le conventionnel Barère devient "Barrère"……
- le sondage de RBO sur la pratique du breton n'est pas de 1987 mais de 1983
- ce n'est pas "FR3 Bretagne et Pays de Loire", mais un syndicat de FR3 qui fit partie du FCPB en 1976
- l'auteur laisse entendre qu'il y aurait "une bonne trentaine" de périodiques en breton, ce qui est malheureusement inexact…

Le livre comporte aussi diverses approximations, en ce qui concerne la langue bretonne en tout cas. Un seul exemple : page 15, il est écrit, sans aucune indication de source pour corroborer ce chiffre, qu'elle est toujours parlée "par quelque 400 000 personnes". Alors que, page 122, l'auteur rapporte les estimations de l'INSEE d'une part (369 000 parlant plutôt bien en 1992) et les résultats du dernier sondage de TMO d'autre part (239 000 locuteurs en 1997)…

Les travaux les plus récents sur l'usage de la langue bretonne ne sont pas pris en compte ou ne sont pas cités. Concernant "les causes du déclin de la langue bretonne", le point de vue de l'auteur semble avoir évolué. Dans un précédent livre, il signalait "le rôle prépondérant de l'Etat français", qu'il accusait de "véritable linguicide". Dans son nouveau livre, il explique qu'

"en définitive ce sont les facteurs économiques et sociaux qui ont précipité le mouvement de débretonnisation de la Basse-Bretagne au XXe siècle".

 

DENEZ (Per). - Bretagne. Une langue en quête d'avenir. - [Bruxelles] : Bureau Européen pour les Langues Moins Répandues, 1998. - 38 p., ill. - (Langues européennes, 7).

Dans cette brochure, subventionnée par la Commission Européenne, Per Denez présente sa vision de la langue bretonne, de la littérature et de l'histoire de la Bretagne. Affirmant que "le peuple breton n'acceptera pas sa disparition culturelle", il précise aussi que "le mouvement culturel breton […] met son espoir dans la constitution d'un ensemble européen…".

Les questions relatives à la pratique du breton sont abordées, notamment pages 32-33. Ce n'est pas cependant sans quelques approximations du point de vue historique ou sociolinguistique.

Pages 10-11, P. Denez écrit : "en 1900-1905, Emile Combes, Président du Conseil et Ministre des Cultes, supprimait le versement de l'Indemnité Concordataire" […] aux prêtres qui, dans les paroisses, continueraient à faire leurs prêches et le catéchisme en breton".

- D'une part, Emile Combes n'est devenu Président du Conseil, Ministre de l'Intérieur et des Cultes qu'en juin 1902.
- D'autre part, la décision discriminatoire qu'il a prise en septembre 1902 n'a pas dissuadé le clergé d'assurer la prédication et le catéchisme en breton partout où il le faisait précédemment.
- Les mesures répressives de Combes enfin n'ont pas concerné l'ensemble du clergé, mais seulement ceux qu'il accusait d'un "usage abusif du breton" : dans les trois évêchés de Basse-Bretagne, ce sont 127 prêtres au total qui ont été privés de traitement pour ce motif (alors que dans le seul Finistère on en comptait environ 600).

Page 32, P. Denez fait état de l'enquête réalisée par Roparz Hemon en 1928 sur la pratique du breton, en la présentant comme "l'évaluation la plus fiable" qui ait été réalisée. Mais le chiffre qu'il rapporte est gonflé par rapport à celui de R. Hemon. Selon P. Denez,

"Roparz Hemon est arrivé à la conclusion que le breton était la langue de communication normale et quotidienne pour environ 1 200 000 personnes".

Or, dans la brochure qu'il a publiée en breton et en espéranto en 1928, R. Hemon se contente de "supposer qu'environ un million de personnes utilisent le breton comme langue quotidienne".

Pour ce qui est de la pratique actuelle de la langue, P. Denez considère, page 33, que

"les estimations se placent aujourd'hui aux alentours de 500 000 locuteurs, locuteurs potentiels dont la pratique, écrit-il, n'est pas mesurée et n'est peut-être pas mesurable".

Une telle formulation appelle plusieurs remarques :

- Tous ceux qui parlent le breton aujourd'hui doivent-ils être considérés comme des "locuteurs potentiels" ?
- Qu'est ce par ailleurs qu'un "locuteur potentiel" ? S'agit-il de quelqu'un qui peut parler le breton couramment mais qui en fait ne le parle pas ? Ou bien de quelqu'un qui comprend (ou qui parle mal) et qui pourrait le parler un jour ?
- Aucune indication n'est fournie sur l'origine des "estimations" selon lesquelles il y aurait aujourd'hui 500 000 "locuteurs potentiels" de breton : est-ce une estimation fiable ?
- L'affirmation selon laquelle la pratique actuelle du breton "n'est pas mesurée" est inexacte. Il est certain qu'elle ne l'est pas dans le cadre de recensements linguistiques. Mais de nombreuses enquêtes ont été effectuées depuis une vingtaine d'années (Levesque, Berger, TMO 1991, Humphreys, Laurent, Jones, etc, le dernier sondage en date étant celui réalisé par TMO-Régions en 1997), qui fournissent bien des indications non seulement sur le nombre de locuteurs, mais aussi sur le profil de ces locuteurs.

Enfin, l'assertion selon laquelle la pratique du breton "n'est peut-être pas mesurable" est surprenante. Car elle revient à dire que la réalité sociale de la pratique du breton ne peut donner lieu ni à enquête, ni à observation, ni à analyse, d'un point de vue scientifique. Ce qui n'est évidemment pas le cas.

 

JONES (Mari C.). - La langue bretonne aujourd'hui à Plougastel-Daoulas. - Brest : Leoriou bihan Brud Nevez, 1998. - 71 p., graph., tabl.

Ce livre est le résultat d'une enquête, effectuée auprès de 600 personnes à Plougastel-Daoulas, au cours de l'été 1994. Qui parle breton dans la presqu'île ? Les jeunes savent-ils encore le breton ? Pourquoi le parle-t-on plus dans les bars de camapgne que dans le centre-ville ? Que pense les Plougastels de l'avenir de la langue bretonne ? Une enquête étonnante à bien des égards…

 

JONES (Mari C.). - Language Obsolescence and Revitalization. Linguistic Change in Two Sociolinguistically Contrasting Welsh Communities. - Oxford University Press, 1998. - 452 p. - (Oxford Studies in Language Contact).

L'auteur, qui vient aussi de publier "La langue bretonne aujourd'hui à Plougastel-Daoulas", s'intéresse ici à la pratique du gallois dans deux communautés différentes, l'une au Nord-Est et l'autre au Sud-Est du Pays de Galles. Selon M. Jones, le cas du gallois, bien que montrant des signes indéniables de déclin, présente un net contraste par rapport à d'autres cas connus de "mort des langues" (language death), du fait de la mise en route d'une vigoureuse "revitalisation".

La situation du gallois est comparée à celles du cornique et du breton. Dans le cas du breton (p. 296-333), Mari Jones étudie notamment les problèmes de standardisation et les conséquences de l'apparition d'un "néo-breton".

 

PEREZ (Soledad). - Le breton en France : langue-musée ou langue-renaissance ? In : La mosaïque linguistique. Regards éducatifs sur les pays industrialisés / Soledad Perez (ed.). - Paris : L'Harmattan, 1998. - P. 105-126.

Soledad Perez est sociologue et spécialiste d'éducation comparée à l'Université de Genève. Elle a coordonné ce livre sur "un thème fort actuel qui permet d'analyser certaines situations minoritaires linguistiques dans une globalisation économique de plus en plus présente dans les pays industrialisés". Le livre comprend plusieurs contributions en deux parties :

- les minorités régionales linguistiques. Le cas de la Bretagne est étudié dans cette première partie.
- les langues de la migration : en Allemagne et en Italie, aux Etats-Unis, en Suisse.

L'ensemble est intéressant, et l'ouvrage fournit des informations détaillées sur la Catalogne et le Pays Basque, l'Ecosse et les Grisons. La situation sociolinguistique et les expériences d'enseignement sont très différentes d'un pays à l'autre, même entre la Catalogne et le pays Basque.

L'article sur la Bretagne a été rédigé par S. Perez elle-même, qui propose donc un regard suisse sur la situation de la langue bretonne. Son but est de "saisir si le Breton est devenu une langue-musée c'est-à-dire une langue qui se meurt, qui ne vit que par des activités culturelles et folkloriques ou une langue-renaissance, une langue qui essaie de subsister par tous les moyens aux niveaux culturel, linguistique et éducatif notamment". La question du breton en tant que moyen de communication n'est cependant pas abordée. La documentation utilisée par l'auteur n'est pas tout à fait à jour.

Accueil

Le blog langue bretonne

SOCIOLINGUISTIQUE ET HISTOIRE

Les sondages sur la langue bretonne : combien de locuteurs?

La pratique du breton de l'Ancien Régime à nos jours

L'interdiction du breton en 1902

Les livres publiés par Fañch Broudic

Les articles publiés par Fañch Broudic

REPERES

Les pages "biblio"

Les courriels reçus… Les réponses à vos questions…

Les pages infos

AR PAJENNOU BREZONEG

Pajennou nevez

Piou oar brezoneg ?

Emile Masson ha "Brug"

Leoriou all gand Fañch Broudic

Yez, lennegez, istor

© Fañch Broudic 2002 - 2009

item2

La photo : Centre de recherche universitaire à Brest (Finistère)

www.langue-bretonne.com
Photo du panneau bilingue CRBC à la Faculté des Lettres de Brest
BandeauSousTitredesPages
Contact La page infos Accueil Le blog "langue bretonne" Contact La page infos Accueil
 

La thèse : présentation, table des matières…

 

Le tout premier sondage sur la pratique du breton

 

Une émigration bretonnante

 

Langue bretonne et nouvelles socialisations

 

Pour quelles raisons la pratique du breton a-t-elle diminué ?

 

L'interdiction du breton en 1902 : présentation du livre

 

Le contexte poilitique de la circulaire Combes

 

L'interdiction du breton : la réaction des élus

 

Dernier titre paru : Le breton, une langue en questions

 

Les livres publiés par Fañch Broudic

 

L'interdiction du breton en 1902

 

A la recherche de la frontière : la limite linguistique

 

Histoire de la langue bretonne

 

Les articles publiés par Fañch Broudic : biblio

 

Relecture sociolinguistique d'une recherche phonologique

 

Exposer une langue : l'exemple du breton

 

Pierre-Jakez Hélias et la langue bretonne

 

"Brug" : une revue libertaire en langue bretonne au début du XXe siècle

 

Le tout premier sondage en 1970

 

Parler breton au XXIe siècle : nouveau sondage

 

Parler breton au XXIe siècle : les chiffres-clés

 

Quelle opinion les Bretons ont-ils de leur langue ?

 

Les livres publiés par Fañch Broudic

 

Les articles publiés par Fañch Broudic : biblio

 

Sociolinguistique 1

 

Sociolinguistique 2 : langue bretonne

 

Histoire 1

 

Histoire 2 : deux almanachs révolutionnaires en breton

 

Questions d'étudiants et de chercheurs

 

Traductions en tous sens

 

Noms, prénoms et autres noms

 

Infos : colloques, revue de presse…

 

Fañch Broudic : CV et biblio perso

 

La page des liens "langue bretonne"

 

Pour contacter Fañch Broudic

 

Gwengamp o c'hoari football : biskoaz kemend-all !

 

Marvet eo Remi Derrien

 

Kenavo d'am labour

 

Petra c'hoarvez e bro-Chin hag en Tibet ?

 

Piou a ra gand ar brezoneg ?

 

Petra 'zoñj ar Vretoned euz o yez ?

 

Enklask an INSEE : 257 000 brezoneger e Breiz

 

Al leor nemetañ diwar-benn "Brug"

 

Petra 'skrive "Brug" : eun dibab a destennou

 

Moueziou a leh all : troidigeziou diwar skrivagnerien ar bed

 

Combes a-eneb ar brezoneg

 

Taolennou ar baradoz

 

Skridvarnerez

 

Lennadennou a nevez 'zo

 

Paotred ar brezoneg

 

Daou almanag brezoneg euz amzer an Dispah