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Les sondages sur la langue bretonne : combien de locuteurs ?

L'opinion des Bretons concernant leur langue

L'étude présentée sur cette page est l'exploitation du sondage effectuée fin 2001 par l'Institut TMO Régions, sur l'opinion que se font les Bretons concernant leur propre langue. Le sondage a été commandé par l'association "Buhez", organisatrice de l'exposition "Parlons du breton !", avec le concours de France 3 Bretagne.

Les principaux résultats du sondage ont été rendus publics dans le cadre de l'exposition, "Parlons /du/ breton !", qui a tourné en Bretagne pendant trois ans.

L'étude a été publiée dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (tome CXXXI, daté 2002).

 

Les acquis des précédents sondages

Depuis le milieu des années 1980, plusieurs sondages ont permis de mieux connaître le niveau de pratique du breton en Basse-Bretagne . Le dernier en date, réalisé à mon initiative par l'institut TMO-Régions en 1997, permet ainsi d'établir que le taux de locuteurs en Basse-Bretagne se situe à 20% parmi les personnes âgées de 15 ans et plus, ce qui équivaut à 16% de la population de la zone bretonnante prise dans son ensemble. Si l'on évalue la population totale de ce territoire à 1 500 000 personnes environ, le nombre total de locuteurs peut être estimé, à la fin du XXe siècle, à 240 000 personnes.

Ce chiffre est très proche de celui que vient de proposer l'INSEE. A l'occasion du recensement général de la population de mars 1999 , cet organisme a en effet demandé à plus de 40 000 adultes de plus de 18 ans résidant dans la région Bretagne s'il "leur arrive de discuter avec des proches (conjoint, parents, amis, collègues, commerçants…) dans d'autres langues que le français". Dans le cas de la langue bretonne, il évalue à 257 000 le nombre des locuteurs correspondant à ce profil dans la région.

Bien que l'enquête de l'INSEE soit bien moins détaillée que les sondages effectués précédemment, elle confirme les tendances lourdes qui avaient déjà été mises en évidence par ces sondages et diverses autres enquêtes. Que disaient ceux-ci ? Plusieurs éléments déterminants apparaissent nettement :

  • La pratique effective de la langue est devenue occasionnelle et, même parmi ceux qui le savent, le rôle du breton en tant que moyen habituel de communication est toujours en régression. Seul un quart des bretonnants (envrion 70 000 personnes) déclare le parler "tous les jours", alors que la moitié d'entre eux ne le parle que "quelquefois". Les 3/4 des locuteurs reconnaissent qu'ils s'expriment en français plus souvent qu'en breton.
  • La grande majorité de ceux qui peuvent lire et écrire le breton reconnaissent qu'ils ne le font qu'avec difficulté. Alors que 15% des personnes interrogées dans le cadre du sondage de 1997 déclarent être à même de lire le breton, et 8% pouvoir l'écrire - ce qui représente des taux insoupçonnés - en réalité, le nombre de ceux qui affirment pouvoir le faire aisément est de l'ordre de 20 000 personnes seulement.
  • Les bretonnants résident surtout dans les communes à faible vitalité démographique et économique : 80% d'entre eux habitent des communes qui se caractérisent à la fois par la stabilité ou la baisse de leur démographie, un taux élevé de personnes âgées, un faible taux de jeunes de moins de 20 ans et une moindre fréquentation touristique.
  • Le véritable caractère discriminant est celui de l'âge : à la fin du XXe siècle, les 2/3 des bretonnants ont plus de 60 ans et sont désormais des retraités. Au-dessous de 20 ans, le pourcentage de jeunes à même de s'exprimer en breton est insignifiant (0,2%). Les moins de 40 ans représentent moins de 5% du nombre total de locuteurs . On ne s'adresse aux enfants et aux jeunes qu'en français et on ne s'adresse en breton qu'aux anciens : la transmission de la langue régionale comme langue maternelle au sein de la famille s'est en effet interrompue vers le milieu du XXe siècle et n'a pas été compensée, depuis, par son apprentissage dans un cadre scolaire.

Ce rappel montre bien qu'en l'absence d'enquêtes officielles concernant la population dans son ensemble, la pratique des sondages s'est révélée, en complément d'autres enquêtes de terrain, un outil bien adapté pour observer la réalité d'usages sociaux dont on mesurait assez mal – ou dont on ne voulait pas mesurer - l'importance et les modalités . Assurément, ce sont surtout des représentations que l'on étudie ainsi au moyen de sondages : ce n'en est pas moins grâce à eux que l'on a pu parvenir à une indispensable quantification dans un domaine – celui de l'évaluation de l'emploi des langues régionales - où ne régnaient jusque là que le flou et l'imprécision . Leur avantage est en outre qu'ils permettent de poser aux personnes sondées des questions concernant aussi leur opinion sur la langue .

 

Dès le premier sondage TMO de 1991, il avait été ainsi constaté qu'à propos de la langue bretonne, les opinions positives l'emportaient largement. 76% des personnes interrogées avaient répondu "oui" à la question de savoir "s'il faut conserver le breton", le taux de réponses négatives ne s'élevant qu'à un peu plus de 10%. Le décalage, par contre, se révélait important entre le souhaitable et le possible, puisqu'il n'y avait que 42% à être alors convaincus que "le breton se conservera" (graphique 1).

conserverLe nouveau sondage TMO réalisé en 1997 témoigne d'une évolution significative de l'opinion publique. Ce sont désormais 88% des personnes interrogées (soit + 12%) qui, en Basse-Bretagne, considèrent qu'il "faut conserver le breton", le pourcentage d'opinions négatives n'étant plus que de 5% et le taux de non-réponses de 8%. Mais ce qui est encore plus frappant, c'est que désormais ce sont 72% des personnes interrogées (soit + 30% par rapport à 1991) qui sont convaincues que "le breton se conservera". Il s'agit bien là de résultats consensuels qui traduisent une réelle confiance retrouvée des Bas-Bretons en leur langue : l'on croit généralement que le breton est maintenant "sauvé".

L'image n'est cependant pas nette en tous points. Ce sont, par exemple, les jeunes de 15-19 ans et les plus de 75 ans qui sont le moins convaincus de la pérennité du breton. Les bretonnants aussi sont plus réticents que ceux qui ne le sont pas : ils sont moins convaincus que les autres qu'il faut conserver leur propre langue et moins persuadés qu'elle parviendra à se maintenir. Par ailleurs, si l'on pose la question de savoir si dans dix ans on parlera breton "beaucoup moins, ni plus ni moins, ou beaucoup plus" qu'aujourd'hui, il ne se trouve qu'un quart de l'échantillon (23,5%) à penser qu'on le parlera "beaucoup plus", les indécis et les pessimistes représentant une forte majorité.

Une enquête plus localisée effectuée dans le Trégor en novembre 2000 confirmait ces impressions. Il était cette fois demandé aux personnes sondées de dire si "pour [elles] personnellement" la promotion du breton est quelque chose de "tout à fait prioritaire", une chose "importante" ou "sans réelle importance", ou quelque chose "à ne pas faire". La question posée impliquant davantage les personnes interrogées, les réponses sont beaucoup plus partagées :

  • les opinions positives restent majoritaires : ceux pour qui le breton est une véritable priorité représentent 7% de l'échantillon et ceux pour qui la promotion du breton est quelque chose d'important en représentent à eux seuls plus de la moitié, soit 55%. Au total, ce sont donc 6 Trégorrois sur 10 qui estiment que l'on a raison de "faire quelque chose" pour le breton.
  • pour autant, les opinions négatives ne sont pas quantité négligeable : 4% des personnes interrogées estiment qu'il ne faut pas encourager le développement de la langue bretonne. Ceux qui sont indifférents et qui considèrent la promotion de la langue régionale comme quelque chose de "sans réelle importance" sont 33%. Au total, ce sont près de 4 Trégorrois sur 10 qui ne se sentent pas concernés par les initiatives qui se prennent en faveur de la langue bretonne.

 

D'accord ? Pas d'accord ?

L'exposition "Parlons /du/ breton !" organisée par l'association "Buhez" à la fin de l'année 2001 allait fournir l'occasion d'affiner ces résultats . A sa demande et avec le concours de France 3 Bretagne, un nouveau sondage a été réalisé par l'institut TMO-Régions en novembre 2001 sur la totalité des cinq départements bretons, non pas pour apprécier le niveau de pratique de la langue, mais essentiellement pour mieux appréhender l'opinion des Bretons dans leur ensemble sur diverses questions relatives à leur langue régionale .

L'intérêt de maintenir le breton recueille un assentiment quasi-unanime, puisque désormais 92% des Bretons (soit à nouveau + 4% par rapport à l'enquête de 1997) estiment "qu'il faut conserver le breton", le pourcentage de ceux qui fournissent une réponse négative se limitant à 8% des personnes interrogées.

Il a ensuite été demandé aux personnes interrogées de préciser si elles étaient "plutôt d'accord" ou "plutôt pas d'accord" avec un certain nombre de qualifications relatives à la langue bretonne. Les réponses obtenues figurent sur le tableau suivant (Sondage TMO-Régions, Buhez, France 3 Bretagne, 2001) :

 

Le breton est…

Plutôt d'accord

Plutôt pas d'accord

NSP

Une langue ancienne

94%

6%

Notre langue régionale

82%

18%

Une langue comme les autres

63%

35%

1%

Une langue folklorique

61%

38%

1%

Un dialecte

38%

59%

3%

 

Que le breton soit considéré comme étant "notre langue régionale" ne fait aucun doute pour la plupart : c'est dans le département des Côtes d'Armor que l'on approuve le plus fortement cette formulation (à 92%) et dans celui de Loire-Atlantique qu'on le fait le moins (à 67%). L'ancienneté supposée de la langue est une évidence pour presque tous.

L'observation principale qu'il faut retenir de ces résultats est que, pour plus d'un tiers des personnes interrogées, le breton n'est pas une langue comme les autres : il ne serait même à leurs yeux qu'un simple dialecte. Bien que minoritaires, ces pourcentages ne sont pas négligeables et témoignent de la permanence, sur un plan social, d'une réelle hiérarchisation des langues. Cette impression est confirmée par le taux encore plus élevé de ceux pour qui le breton est "une langue folklorique". Ce que confirment les linguistes et notamment Louis-Jean Calvet, en d'autres termes cependant : "même si aux yeux du linguiste toutes les langues se valent, les plus parlées comme celles qui sont en train de disparaître […], les langues du monde sont fondamentalement inégales […] : il serait idéaliste de croire que ces quelque cinq mille langues ont le même poids, la même valeur marchande, les mêmes usages, le même avenir" .

 

Quelle importance a pour vous le breton ?

importanceIl a précisément été demandé aux personnes enquêtées de déterminer elles-mêmes l'importance qu'elles accordent à la langue bretonne. Elles ont donc été invitées à lui attribuer une note entre 0 et 10 en fonction de leur appréciation, la note maximale signifiant que le breton a beaucoup d'importance et le zéro qu'il n'a aucune importance. Les réponses ont fait l'objet d'un regroupement en trois catégories sur le graphique ci-joint.

Il apparaît que le pourcentage de ceux qui accordent une grande ou une très grande importance à la langue bretonne n'est pas si élevé, puisque seul le quart des personnes interrogées lui attribuent une note égale ou supérieure à 8. On observe à cet égard une différence de comportement entre Haute et Basse-Bretagne : en Basse-Bretagne, 1/3 des personnes interrogées se positionne dans la catégorie des notes les plus fortes, quand cela n'est le cas que de 1/5 en Haute-Bretagne.

Le pourcentage de ceux pour qui le breton n'a pas ou pas beaucoup d'importance (note se situant entre 0 et 4) s'élève à 30%. Le groupe intermédiaire est le mieux représenté, avec 45% de réponses se situant entre 5 et 7. La note moyenne, sur l'ensemble de l'échantillon, est assez faible : 5,5.

On peut dès lors se demander quel est l'intérêt de savoir le breton. L'on prétend parfois que la question de la langue bretonne n'a pas à être posée en termes de "nécessité". Pourtant, si l'on connaît plus d'une langue, et puisque le "besoin de communiquer est central, et [que] la langue est une réponse à ce besoin" , l'on est nécessairement confronté à des choix de communication. La tentation peut être forte ou déterminante de s'exprimer dans la langue dont l'usage est le plus répandu ou dont le prestige est le plus grand. Diverses autres motivations (psychologiques, pédagogiques, ou tout simplement l'usage, le contexte, le désir d'affirmer une identité…) peuvent cependant conduire à préférer l'utilisation d'une langue moins parlée à celui d'une autre beaucoup plus pratiquée. Il n'en reste pas moins que l'un des critères les plus déterminants est celui de la nécessité dans laquelle on se trouve, dès que l'on veut communiquer avec son entourage et lorsqu'on en connaît plus d'une langue, de choisir celle dans laquelle on va s'exprimer .

 

Le breton : indispensable ? ou ça ne sert à rien ?

interet1Il était donc intéressant de savoir comment les Bretons apprécient aujourd'hui l'intérêt qu'il y a ou non à savoir le breton. La question a été posée dans le cadre du sondage de savoir si le fait de le savoir paraît "absolument indispensable" ou "assez utile", ou si, au contraire, "ça n'a pas beaucoup d'intérêt" ou même que "ça ne sert à rien". Les résultats sont synthétisés sur le graphique ci-joint.

La donnée majeure mise en évidence par ces résultats est que le pourcentage de ceux qui considèrent "absolument indispensable" de connaître le breton en Bretagne est très faible, pour ne pas dire insignifiant, puisqu'il ne s'élève qu'à 2%. Ceux pour qui il est "assez utile" de le savoir sont au nombre de 41%. Ces deux catégories sont, ensemble, moins bien représentées que ceux pour qui le breton "n'a pas beaucoup d'intérêt", qui à eux seuls constituent près de la moitié de l'échantillon, à hauteur de 47%. Il faut y ajouter ceux qui estiment qu'il "ne sert à rien", dont le pourcentage s'élève à 10%.

Pour 57% des Bretons, la langue bretonne n'a donc pas de réelle "utilité". Ce pourcentage est encore bien plus fort dans les départements de Loire-Atlantique et d'Ille-et-Vilaine, puisqu'il s'y élève à 65%, alors que dans le Finistère l'utilité du breton est, à l'inverse, perçue positivement par 54% de la population.

Les Bretons ont beau douter de l'intérêt que peut présenter pour eux le fait de s'exprimer dans la langue régionale, ils ne voudraient cependant pas, dans leur majorité, la voir disparaître. Il leur a été demandé, à ce sujet, d'exprimer ou non leur adhésion par rapport à un certain nombre d'affirmations. Les réponses sont rassemblées sur le tableau suivant (Sondage TMO-Régions, Buhez, France 3 Bretagne, 2001) :

 

Tout à fait d'accord

Plutôt d'accord

Plutôt pas d'accord

Pas d'accord du tout

NSP

Si le breton disparaissait, la Bretagne perdrait son identité

37%

31%

20%

10%

1%

C'est un crime si le breton venait à disparaître

23%

31%

29%

16%

1%

C'est une langue qui n'a pas beaucoup d'avenir

9%

34%

37%

14%

6%

Si on veut sauver la langue bretonne, il faut que son enseignement soit obligatoire

12%

22%

38%

26%

3%

Les jeunes qui apprennent le breton à Diwan sont l'avenir de la langue bretonne

41%

41%

8%

6%

3%

 

Pour une forte majorité des personnes interrogées (de 54 à 58%), il est évident que la disparition éventuelle de la langue bretonne apparaîtrait comme "un crime" et que la Bretagne perdrait dès lors une part significative de son identité. La langue apparaît clairement ainsi comme l'un des principaux éléments constitutifs de cette identité. Pour la moitié des personnes sondées (51% au total), il est faux de prétendre que cette langue n'a aucun avenir.

Scolarisant près de 2 000 élèves au cours de l'année scolaire 2002-2003, les écoles Diwan sont bien perçues, puisque 82% des personnes interrogées estiment que ceux qui y suivent leur scolarité représentent l'avenir de la langue bretonne. Ce très fort pourcentage révèle en tout cas que les objectifs de Diwan, et sans doute plus généralement ceux des diverses classes bilingues, sont bien identifiés dans l'opinion : c'est dans ces écoles qu'aujourd'hui l'on forme les bretonnants de demain.

Les 2/3 des Bretons restent hostiles à l'enseignement obligatoire de la langue. Pour autant, le pourcentage de ceux qui adhèrent à une telle hypothèse – dans l'idée explicite de "sauver la langue" - est en forte augmentation par rapport à la précédente enquête de 1997 : alors qu'il n'y avait alors que 7% d'opinions favorables, le pourcentage s'élève maintenant à 12% de "tout à fait d'accord", auxquels il faut ajouter 22% de "plutôt d'accord". C'est en Basse-Bretagne que l'on trouve le plus de personnes favorables à un tel enseignement obligatoire (38%) et en Haute-Bretagne qu'il y a le plus d'opinions réfractaires (71%).

 

Promouvoir la langue régionale ?

Plus généralement, l'opinion publique admet que soient menées des actions de promotion de la langue régionale. C'est ce que révèle le graphiqueci-dessous.

Symétriquement, ceux qui considèrent la promotion de la langue régionale comme "prioritaire" sont aussi nombreux que ceux qui voudraient que l'on ne fasse rien, puisque ces deux opinions opposées recueillent chacune un pourcentage de 3%.

Mais ceux pour qui elle est "quelque chose d"important" sont à eux seuls la majorité, puisqu'ils se retrouvent à 53%.

Pour 41% de l'échantillon, cette promotion de la langue régionale apparaît sans importance.

promotionCes résultats (avec moins d'opinions favorables et plus d'opinions défavorables) diffèrent assez sensiblement de ceux de l'enquête "Trégor" de 2000 , mais il est vrai qu'ils concernent cette fois l'ensemble de la Bretagne et que le Trégor est en outre plus bretonnant que la moyenne. C'est dans les départements du Finistère et des Côtes d'Armor que se manifeste la plus forte adhésion à une politique linguistique (avec un total de 66% d'opinions positives) et en Loire-Atlantique que les réserves sont le plus fortement exprimées (57% d'opinions hostiles).

Que faudrait-il faire concrètement, dès lors, "pour que le breton ait un avenir" ? Les personnes interrogées dans le cadre du sondage ont été invitées à fournir spontanément leurs réponses à cette question . Les suggestions peuvent être ainsi réparties :

  • les plus nombreuses ont trait à l'enseignement : pour 28% des personnes interrogées, le breton doit être enseigné à l'école. 16% proposent un enseignement facultatif et il n'y a cette fois que 1% à songer à l'enseignement obligatoire. 3% préconisent le développement des écoles enseignant le breton. Pour 1%, il faut aussi organiser des cours pour adultes.
  • Ceux qui estiment qu'il convient d'abord de parler le breton en famille sont 4%.
  • Pour 8% des personnes interrogées, il s'agit de "perpétuer les traditions".
  • Aux yeux de 6%, il faut assurer la promotion de la langue dans les médias.
  • 2% ont pensé à la vulgarisation et à l'intégration du breton dans la vie quotidienne.
  • 20% font diverses autres propositions : promotion par les associations, reconnaître le breton comme "une langue à part entière", etc…
  • 2% affirment à nouveau que le breton est sans importance ou sans intérêt.
  • 25% enfin sont sans opinion.

L'enseignement est donc l'un des principaux moyens par lequel l'on considère que le breton peut se maintenir. Il était dès lors intéressant de savoir comment les personnes interrogées positionnent la langue régionale par rapport aux diverses langues (étrangères, anciennes…) dont l'étude est (ou pourrait être…) proposée dans le cadre du système scolaire. La question leur a été posée de savoir "quelles langues [pensent-elles] que les enfants devraient apprendre en plus du français" ? Les réponses figurent sur le graphique 5.

langues1L'anglais, l'espagnol et l'allemand apparaissent nettement comme les langues dont il convient da favoriser l'apprentissage en priorité. Toutes trois recueillent plus de la moitié des suffrages, mais c'est bien évidemment l'anglais qui se voit spontanément cité par la quasi-totalité des personnes interrogées.

Le pourcentage de ceux qui préconisent l'apprentissage du breton est plutôt élevé, puisqu'il s'élève à 43%, la langue régionale se retrouvant ainsi très largement devant de nombreuses autres langues, telles que l'italien, le chinois et le latin. Il convient cependant de relativiser quelque peu un si bon résultat : il n'est pas surprenant en effet que les personnes interrogées aient si souvent cité le breton, ayant en quelque sorte été incitées à y penser dans la mesure où l'ensemble du sondage ne comprenait par ailleurs que des questions relatives à la langue régionale.

La mise en place d'une signalétique routière bilingue peut-elle créer un contexte favorisant l'apprentissage de la langue bretonne ? Toujours est-il que les 3/4 des Bretons (très exactement 77%) ont déjà vu des panneaux

Etes-vous… pour qu'il y ait des panneaux bilingues français / breton dans…

Tout à fait d'accord

Plutôt d'accord

Plutôt pas d'accord

Pas du tout d'accord

NSP

les gares, les aéroports, les bus

27%

45%

15%

11%

2%

les commerces que vous fréquentez

18%

38%

24%

16%

3%

les bureaux des administrations

18%

38%

23%

18%

3%

sur votre lieu de travail, dans les entreprises

15%

33%

27%

20%

5%

routiers bilingues français-breton. Seraient-ils ou non favorables à ce qu'une telle signalétique bilingue soit généralisée en divers autres lieux et contextes ? Les réponses à cette question sont présentées sur le tableau 3 :

 

Une large majorité de près des 2/3 se dégage pour la mise en place de panneaux bilingues français / breton dans les lieux de passage ou de circulation, tels que gares, aéroports ou bus : il est vrai que tout voyageur est déjà habitué à ce que les panneaux de signalisation y soient souvent rédigés en plusieurs langues. La présence de panneaux en breton ne choquerait donc pas en de tels lieux, et pas davantage dans les commerces ni même les administrations.

La chose paraît moins évidente sur le lieu de travail ou dans l'entreprise : dans ce cas, les opinions défavorables sont aussi nombreuses que celles qui sont favorables. Il semble que, question de principe ou pas, la nécessité d'une telle initative en ces lieux soit moins nettement ressentie.

 

Conclusion

Ce sondage TMO-Régions pour "Buhez" et France 3 Bretagne apporte de nouveaux éléments intéressants sur la manière dont l'opinion publique, en Bretagne, comprend la question de la langue bretonne. A partir du moment où près de 90% des personnes interrogées dans le cadre des précédents sondages se disaient d'acoord "pour conserver le breton", l'on était parfois tenté, depuis quelque temps, d'en déduire qu'ils étaient disposés à approuver une glottopolitique forte en faveur de la langue régionale. Le nouveau sondage, dont il convient de rappeler qu'il a été réalisé sur l'ensemble de la Bretagne, conduit à des constats plus nuancés. Les principaux éléments à en retenir sont les suivants :

1. Il est extrêmement clair que les Bretons manifestent toujours un très fort attachement à leur langue spécifique, qu'ils considèrent en général comme "leur" langue régionale, et ils ne souhaitent pas qu'elle disparaisse. L'enquête de 2001 ne fait que confirmer les précédents sondages sur ce point.
 
 
2. Les Bretons sont favorables à la langue régionale, mais ils ne sont pas enthousiastes. Tous ne se sentent pas forcément très concernés par les enjeux de sa pérennité et sont loin de vouloir s'impliquer : il n'est que 25% d'entre eux à lui accorder une grande ou une très grande importance. Ils s'interrogent sur son devenir : il n'y a que juste la moitié d'entre eux à avoir confiance en l'avenir. Ils approuvent à 56% l'idée d'une promotion de la langue régionale, mais nombreux (44%) sont aussi ceux qui contestent une telle perspective.
 
 
3. Si les Bretons sont à ce point réservés par rapport à leur propre langue, c'est qu'ils n'en perçoivent pas bien l'intérêt dans le monde d'aujourd'hui. Le pourcentage de 2% qui estiment "absolument indispensable" de savoir le breton en Bretagne est extrêmement faible. Pour une grande majorité de Bretons, la langue régionale ne représente concrètement aucune nécessité. Sur ce point, comme sur plusieurs autres questions abordées dans le sondage, on notera une sensible différence de perception entre Haute et Basse-Bretagne. Il n'est pas réellement surprenant que ce soit dans la partie occidentale de la région que l'on perçoive le mieux l'intérêt de savoir le breton. De toute évidence, la pratique du breton ne correspond pas au même vécu et ne représente pas les mêmes réalités sociales de part et d'autre de la limite linguistique. La zone traditionelle de pratique de la langue conserve toute sa pertinence.
 
 
4. L'école est perçue comme le moyen essentiel et déterminant pour assurer la pérennité de la langue régionale, par le biais de l'enseignement aux jeunes générations. On ne pense guère à son apprentissage comme langue première ni à son usage dans le cadre familial. Certes, les réponses aux diverses questions ne sont ni constantes ni toujours convergentes : ainsi, lorsqu'on leur pose explicitement la question, 34% des personnes interrogées sont d'accord pour que l'enseignement de la langue régionale devienne obligatoire, si c'est bien le moyen de "sauver le breton"; mais dans le cas d'une réponse spontanée, il n'y a que 1% à proposer la même mesure. Une telle disparité souligne un manque évident de repères sur une question qui fait souvent la une de l'actualité, mais dont on perçoit assez mal toutes les implications. S'il s'agit d'énumérer les langues qu'il convient le mieux de maîtriser, le breton, avec les réserves que nous avons soulignées, recueille un assez joli score. Mais il est nettement en retrait par rapport aux langues étrangères de large diffusion que sont l'espagnol, l'allemand et surtout l'anglais.
 
 
5. Les Bretons semblent apprécier la signalétique bilingue le long des axes routiers et approuveraient la mise en place d'une semblable signalétique dans les aéroports, les gares, les commerces, etc… Ils sont plus circonspects s'ils sont plus directement concernés et qu'il s'agisse de placer des panneaux bilingues breton / français sur leur lieu de travail ou dans les entreprises. L'acceptation paraît donc variable selon l'implication des lieux.
 

A la lumière de ce sondage, on ne peut qu'être frappé, finalement, par la distorsion qu'il révèle entre plusieurs types de données qui ne se situent cependant pas sur le même plan. De toute évidence, les représentations que se font les Bretons de leur langue propre sont multiples et varient selon les registres sur lesquels on se situe :

  • Sur les questions de principe (maintenir le breton, "sauver" la langue……), il y a presque l'unanimité.
  • Sur les modalités d'une glottopolitique (promotion de la langue, enseignement, signalétique bilingue……), il existe un réel consensus, avec des réticences nettement perceptibles.
  • Mais c'est, fondamentalement, sur l'intérêt mêême qu'il y aurait à parler le breton que les réserves sont le plus manifeste : dans leur majorité, les Bretons ne se sentent pas personnellement concernéé et ne ressentent pas le besoin de connaîître la langue réégionale.

Le breton, somme toute, présente peu d'intérêt pour… ceux qui ne le savent pas. Ne serait-il bien que… pour les autres, c'est-à-dire pour ceux qui le savent déjà ?

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Combes a-eneb ar brezoneg

 

Taolennou ar baradoz

 

Skridvarnerez

 

Lennadennou a nevez 'zo

 

Paotred ar brezoneg

 

Daou almanag brezoneg euz amzer an Dispah